Street art et politique

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Considéré comme le courant artistique le plus marquant du 20ème siècle, le street art se propage dans les métropoles du monde entier.

L’art urbain ou street art prend racine vers 1960. 

À l’origine, il est illégal mais en entrant au 21e siècle, le street art se démocratise et devient un pilier de l’art nouveau. 

Il se décline sous plusieurs formes : graffiti, affichage, pochoir, mosaïque, sticker, détournement ainsi que le néo-muralisme. Un mouvement artistique qui consiste à ériger des façades d’immeubles et autres bâtiments en œuvre accessibles à tous et en accord avec les propriétaires. 

“Le but : que les gens arrêtent de regarder leurs pieds quand ils marchent et regarder plutôt en l’air” KATRE – Artiste/Grapheur.

Une pratique d’autant plus actuelle. En 2020, la crise sanitaire oblige les lieux culturels à fermer leurs portes. L’art urbain, lui, n’a pas subi cette sentence puisqu’il reste accessible à tous, il suffit d’observer ce qui nous entoure.

“Créer c’est partager ses idées”

Le fait de s’accaparer l’espace public est un message politique. C’est pointer du doigt des bâtiments à l’architecture lambda pour les rendre plus attractifs.

STREET ART
Liberté, égalité, fraternité – Shepard Fairey

Un exemple plus concret : la Marianne de Shepard Fairey (fondateur de Obey)

Devenue un symbole de la démocratie française, orne désormais les murs de l’Elysée. D’autant que Shepard Fairey commença sa carrière en détournant des affiches de propagandes du constructivisme russe. Des slogans comme Make Art Not War sont souvent mis en avant sur ses œuvres. L’américain devient au fil des années un porte-drapeau de la liberté artistique. “Créer c’est partager ses idées, partager le sens de l’esthétique, partager votre pensée avec autrui” Shepard Fairey.

Autre artiste partageant ses créations aux yeux de tous, le normand Oré revient sur son parcours et exprime sa vision de l’art urbain.

  • Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Oré : “J’ai 45 ans, graffeur, artiste urbain. Je peins les murs depuis mon adolescence, c’est la passion de ma vie et mon métier. Je suis normand, installé à Caen depuis pas mal de temps maintenant et je voyage régulièrement pour des projets artistiques.”

  • Après avoir voyagé autant et exposer votre art dans plusieurs pays. Comment les habitants de ces pays réagissent face au street-art ?

“Selon le niveau de développement des pays, les populations n’ont pas tout à fait le même regard. Mais globalement il y a une acceptation générale dans le monde entier qui s’est mise en place depuis maintenant pas mal d’années. C’est beaucoup plus facile de peindre dans la rue qu’avant, il y a eu une acceptation généralisée du mouvement partout dans le monde.”

  • Pourquoi avoir choisi les murs et façades comme support artistique ?

“C’est pas quelque chose que j’ai conceptualisé, c’est tout simplement qu’à 14 ans j’ai vu l’arrivée de la culture graffiti dans ma ville natale. Cela m’a tout de suite interpellé, et je m’y suis essayé instantanément et c’est resté la passion de ma vie. Pour moi qui dit peinture, dit peindre prioritairement dans l’espace public. J’ai découvert l’art pictural par le biais du graffiti qui se déployait dans la rue.”

  • Quelle a été votre première méthode pour s’exprimer dans la rue ? 

“J’ai commencé par des signatures au marqueur ou à la bombe de peinture partout où je pouvais, ce n’était pas autorisé”

  • Considérez-vous l’art urbain comme un acte de protestation, une action militante ?

“En effet, cela peut être militant. J’ai eu des périodes plus investies politiquement, maintenant j’ai pris du recul sur le militantisme dans l’art. Je suis assez méfiant désormais car cela devient vite desséchant trop de propos politiques dans une œuvre de création. J’ai aussi utilisé la peinture à une période de ma vie comme outil politique. L’acte de peindre dans l’espace public demeure quelque chose de politique, on questionne la société sur la propriété de l’espace public. Son utilisation, qu’est ce qu’on a le droit ou non d’y faire, c’est sur l’acte de peindre dans la rue.”

  • Et au niveau du contenu des œuvres ?

“Pour ma part, mon propos est parfois politique. Quand je peint I,Robot par exemple, je me questionne sur l’intelligence artificielle, je m’intéresse en tant que personne à ce sujet là. J’essaie de retranscrire sur la fresque mes questionnements sur ce sujet de société. Écrire des slogans en gras sur les murs, j’ai pu le faire mais ce n’est plus trop d’actualité pour moi. Maintenant il y a un côté un peu lourd dans les propos trop militant. Ma vision est plus de mettre un propos artistique dans l’espace public”

  • Quel message souhaitez-vous faire passer au travers de vos fresques ?

“Je n’ai pas cette prétention de faire passer un message, je cherche avant tout à m’épanouir en tant que personne. J’essaie de progresser dans ce que je fais. C’est le spectateur qui voit le message qu’il a envie de voir et donne une interprétation personnelle de mes peintures. À vrai dire, je ne me pose pas trop la question, je vais d’abord chercher à me faire plaisir avec des projets qui me correspondent et répondre aux commandes que j’ai envie de réaliser.” 

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